Texte d'Osi
Tatie
  Assis dans le hall d’arrivée avec ma sœur et mes parents, nous attendons tatie. Une part de moi avait envie d'être là et une autre aurait préféré rester à la maison.

  Il faut dire que tatie est un vrai personnage : elle est expansive et s’exprime d’une voix forte et franche ; elle s’intéresse à tout et n’hésite pas à aller questionner un inconnu – encore faudrait-il qu’elle ne le connaisse pas. Même si elle n’a pas de question, elle peut aussi faire un brin de causette avec le premier passant. Elle se teint en rousse et s’habille de vêtements voyants. Elle porte les couleurs qu’elle aime – des couleurs chatoyantes – et des vêtements dans lesquels elle peut rester à son aise. Elle est libre d’elle-même. Rien ne l’empêchera de faire de grands gestes et de rire à gorge déployée si elle en a l’envie.

  Mais, j’aime rester discrète et me fondre dans la foule, je n’aime pas que l’on s’aperçoive de ma présence. Alors, quand je suis avec elle, ma première réaction, c’est de m’écarter parce qu’elle est trop présente. Elle dit toujours ce qu’elle pense avec une sincérité aussi grande que spontanée. J’ai souvent cette impression d’avoir face à moi une petite fille qui s’agite dans tous les sens et s’émerveille de tout.

  Et cette petite fille est pleine de vie et de gentillesse. Comme toutes les petites filles, elle aime les animaux. Elle a un vieux chat qui s’appelle Margouline, et elle a aussi des perruches. Un jour, elle a même sauvé un goéland qui s’était blessé dans un des endroits les plus inaccessibles. Je ne sais plus comment elle est allée le chercher, mais elle l’a fait et elle l’a sauvé. Moi, je serais passé. Peut-être l’aurais-je vu, mais en le voyant je me serais dit : « Pauvre oiseau. » et j’aurais passé mon chemin pensant que son destin était scellé… Mais ma tatie, ce n’est pas moi. Elle a porté le goéland jusqu’à son appartement, elle l’a nourri et lui a donné chaque jour un bain d’eau salé. De temps en temps, elle le sortait sur la plage pour qu’il puisse un peu marcher. Puis un jour, il est parti, je crois bien qu’il était sauvé. Ce n’est pas le seul oiseau qu’elle a sauvé, mais c’est pour moi celui qui montre le mieux qui elle est. Ce n’est pas qu’une petite fille, elle est bien plus grande que ce que j’imaginais il y a quelques temps. Je ne sais pas encore qui elle est, mais j’ai déjà beaucoup d’estime pour elle. Elle respecte la vie et la prend pleinement pour ne jamais regretter de ne pas avoir fait ce qu’elle aurait pu faire.


  Voilà son vol qui arrive. Je la voie. Seulement quatre jours avec elle, je ne vais pourtant pas savoir en profiter.