Texte de Madeleinedeproust
Mes racines
Mes racines sont profondes.
Regardez-les plonger au cœur de ce creuset d'humanité qu'est le bassin méditerranéen.
Les voyez-vous se draper dans la lumière éclatante du soleil et chatoyer lorsque la pluie d'un orage d'été les vernisse d'une patine immémoriale?
Laissez-vous emporter par les senteurs mêlées de maquis et de garrigue qu'elles exhalent au moindre mouvement.
Délassez-vous avec elles à la fraîcheur glacée des rivières et des fleuves.
Grimpez en leur compagnie au flanc des montagnes de mes ancêtres... Saluez au passage ce grand peintre et décochez donc un sourire charmeur à ces deux émeraudes liquides comme encastrées dans la pierre que vous venez de dépasser.

Mes racines sont noueuses.
Elles vont et viennent d'une côte à l'autre.
Elles s'étirent de rivages en sommets.
Elles tiennent cachées au plus profond de leurs nœuds de sombres histoires de famille que Mérimée n'aurait pas reniées.
Elles portent en elles toute l'impétuosité et la violence de cette Méditerranée si chère à mon cœur.
Elles brossent le portrait d'un monde où le verbe est haut, la répartie facile, le coup de poing ou de fusil tout aussi faciles, mais aussi un monde où le mot solidarité n'est pas un vain mot, un monde dans lequel l'entraide intergénérationnelle voulait encore dire quelque chose il n'y pas si longtemps.

Mes racines sont tortueuses, écartelées entre ville et campagne, mer et montagne, continent et île.
Elles ont fait de moi un caméléon qui se pose sans cesse des questions.
Elles ont fait de moi un caméléon qui peut vivre en campagne comme en ville, dans n'importe quel pays.
Elles m'ont façonnée, modelée jour après jour sans même que je m'en rende compte, sans même me demander si j'étais d'accord ou pas...
Parce qu'en prime mes racines sont autoritaires...

Mes racines sont coupées par endroit. La coupe est nette, pas si vieille que ça. Mais en y regardant de plus près on peut voir de nombreuses micro fissures... Toutes les branches ne sont pas saines, toutes les branches ne sont pas imputrescibles... Au fil des temps, mes racines évoluent, avec moi ou malgré moi, cela dépend.

Mais mes racines restent la dalle sur laquelle ma vie est coulée.
La dalle peut craquer, se fissurer, elle ne cède jamais véritablement.

Mes racines sont une myriade de clichés aux multiples couleurs.
Et au centre, noyau de ses racines, se dresse un homme imposant, l'arbre sur lequel ma vie s'appuie encore et toujours.