Texte d'Ada
Ô que ma quille éclate
Je suis partie des neiges de mon passé, et j'arrive aux neiges de mon présent. Il a neigé sur Paris, juste le jour où je remettais en cause mon présent. Il a neigé sur Paris, allais-je décider de faire fondre mon quotidien ?
La neige invite au repli sur soi, et moi je n'ai pas envie de me plier.
Mon présent est fait de joie, celle de voir une enfant grandir et s'épanouir, de voir mon couple traverser le brouillard, vaille que vaille.
Mon présent est fait de paroles d'élèves, dont trop souvent j'oublie l'enfance. Il est fait de brouhaha et de bousculades joyeuses dans les couloirs d'un collège. De graphies maladroites sur des copies doubles petites et grandes. De notes que je n'aime pas attribuer. De classements que j'ai horreur de faire.
Mon présent a pour vue un canal parisien, calme et paisible dont la fonction prime sur la beauté. L'eau s'écoule lentement, les arbres ondulent à peine leurs branches.
Comme ma vie.

Mon présent, je dis qu'il ne me satisfait pas, pourtant je ne suis pas malheureuse, loin de là. Mes premières rides d'expression sont celles du sourire. Je les aime bien.
Au détour d'une rédaction, j'aime voir un élève dire « ah oui!  Cela me donne une idée ! »
Mon présent, je voudrais m'en dépêtrer: pourquoi ? Il se mêle peut-être trop au passé. Il ne se contente pas toujours d'être là. Il a besoin de dire, qu'à la rentrée prochaine, il sera ailleurs. Mon présent a peut-être besoin davantage d'altérité, de mouvements, de départs, de risques.
Mon présent fête aujourd'hui ses 12 ans de mariage. Mon présent est lucide, c'est ce qui le rend fort et léger. C'est aussi ce qui le rend précaire et lourd.

Mon présent est ailleurs. Mon présent est ici, il se nourrit de ma confiance, fut-elle imaginée !

Mais la vraie vie est absente comme dirait l' « autre ». « Ô que ma quille éclate, ô que j'aille à la mer »