Texte de Sol-eille
À la source
Je sais une église au fond d'un hameau
Dont le fin clocher se mire dans l'eau


Les racines, mes racines.
Où sont-elles ?
Je n'ai pas bougé de mon village natal depuis ma naissance, alors c'est assez facile de savoir où sont mes racines, mais aussi pesant.
Je suis issue d'une terre qui me colle à la peau, m'embourbe, me happe plus ou moins inconsciemment.
Ces paysages je les connais par coeur, je les ai vus se transformer, je me souviens, si je cherche dans ma mémoire, qu'avant ces maisons de lotissement, bien alignées, il y avait ce champ avec l'étable où mon grand-père allait traire ses vaches.
J'ai vu la mare à la sortie du village se boucher en même temps que le vieux monsieur qui nous faisait peur et qui n'aimait pas les enfants, s'endormait à tout jamais.
Je connais l'histoire de Fernand et de sa jambe perdue à la guerre, je sais qu'Augustine était fille mère et que ça jasait dans le coin. Le qu'en dira t-on n'a pas pris une ride depuis tout ce temps là !
Et puis on m'a raconté, mon père, ma tante... la vie d'autrefois, celle du curé et de sa bonne, les soirées de la Chandeleur, la femme à Baptiste qui aimait saouler les hommes à l'eau de vie qui coulait à flot dans ce pays de pomme à cidre...
Je suis de ce bourg de campagne, comme mon père et mon grand-père, attachée à ses chênes, ses chemins, ses cailloux, ses plans d'eau, à sa source qui naît non loin de là et c'est cette source qui coule en moi et me fait vivre depuis plus de 40 ans.