Texte de Kz
Je me souviens (à la manière de...)
Je me souviens de ma grand-mère qui m’appelait sa souris blanche ;

Je me souviens des vacherins à la maison, les jours de fête ;

Je me souviens de la pêche aux équilles aux grandes marées, en Normandie ;

Je me souviens de mon petit vélo rouge ;

Je me souviens des pèlerinages du collège à Montmartre ;

Je me souviens du poissonnier ambulant qui, un jour, m’a invité à faire sa tournée avec lui dans sa camionnette ;

Je me souviens des salamandres du petit bassin ;

Je me souviens du marchand de bas devant le cinéma Victor Hugo ;

Je me souviens de la roulette du dentiste ;

Je me souviens des bancs de bois du métro de la ligne 2 ;

Je me souviens du contrôleur du 63, sur la plate-forme, hurlant à l’intérieur de la cabine, « Solférino-Bellechasse, section ! », quand j’allais chez mes cousins ;

Je me souviens des cours de grec, le matin à six heures, avant le petit déjeuner ;

Je me souviens avoir servi la messe de mon cousin qui avait reçu un petit autel comme cadeau de Noël ;

Je me souviens du Pianola où nous jouions tous les classiques avec des rouleaux ; et de ma tante qui surgissait dans la pièce en criant, désespérée : « Mes enfants, moins de pédale ! »

Je me souviens d’avoir écrasé un camembert sur la tête d’un chef de patrouille lors d’une bataille de nourriture ;

Je me souviens du merveilleux sentiment de liberté chez l’oncle Paul-Emile – treize enfants – ; on faisait ce qu’on voulait du moment qu’on arrivait à l’heure à table avec des mains propres ;

Je me souviens de mon grand-père levant des aiguillettes de canard avec sa grande serviette autour du cou et beaucoup de componction ;

Je me revois traversant la place de l’Etoile quatre fois par jour, en vélo, à l’âge de huit ans ;

Je me souviens de Madagascar ;

Je me souviens des pommes cuites de maman ;

Je me souviens de mon frère me disant que je n’étais pas gentil avec maman ;

Je me souviens des repas au réfectoire des moines de l’abbaye de Michel ;

Je me souviens d’avoir eu les oreillons et que çà faisait très mal ;

Je me souviens de l’académie de billard de la place Clichy ;

Je me souviens des répétitions de mes bulletins de note : peut mieux faire ;

Je me souviens de la pénitence la plus grave reçue en confession : trois pater et deux ave ;

Je me souviens être sorti dans le jardin, lorsque Neil Amstrong a mis le pied sur la lune ;

Je me souviens avoir piqué de l’argent dans le portefeuille de maman ;

Peut-être est-ce pour cela que j’ai eu cette pénitence ? Je ne m’en souviens pas.