Texte de Bruyère
Embarquement immédiat pour un présent de rêve
C’est une toile blanche qui s’étire devant moi.

Quelques tâches de couleurs s’y inscrivent au fur et à mesure des jours qui se succèdent.
Un peu de ce rouge coquelicot qui ondule sous la brise comme ces amitiés sommeillantes, et qui reprennent toute leur ampleur dès qu’on leur donne enfin le temps nécessaire à leur épanouissement.

Un peu de toutes ces nuances de vert quand la marche se reprend à habiter mes pieds et m’entraîne sur les chemins que j’aime, à la découverte de paysages qui sereinement apaisent.

Du vert cyprès pour l’élégance du port et l’envie qu’il donne de se redresser et de regarder droit devant soi.

Des tâches mauves de bruyère, ces tumulus d’une mémoire, afin de ne pas oublier les êtres disparus ou simplement éloignés, qui ont aidé à grandir, à affronter le monde, à se relever. A être, tout simplement.

De l’ocre de la terre qui colore certains nids de Provence – du jaune safran à la sienne brûlée comme du sang séché – où se vrillent ces ceps de vigne tortueux mais solides, marqués des cicatrices d’une vie. Blessés mais debout.

Du gris bleuté comme les pierres qui parcourent le chemin, ou comme ces livres qui jalonnent une existence apportant un regard que l’on n’oubliera plus, un battement de vie, un souffle, enfin quelque chose qui circule de sorte que , après, rien n’est plus comme avant.

Un peu de noir, mais lui, il se dépose tout seul, comme la suie après le feu.
Et de grandes coulées de bleus, de ces bleus profonds où s’inscrivent les rêves, de ces bleus qui roulent dans la tête comme un « bateau ivre ». De ces bleus de l’enfance, des rires , de l’insouciance, du grain d’une averse, d’une larme d’aube, de lunules de ciel, de vagues frangées de neige, d’éclisses d’azur….

Il suffit d’y plonger.

Et quand on en revient, on a le bout des doigts criblé de taches d’encre.