Texte de Cassymary
Une simple croix de bois
Elle trône là-haut, sur le causse comtal.
Au milieu d'un champ, aride et rocailleux, balayé par les vents.
Elle se dresse ainsi depuis si longtemps,
bravant pluie, neige et froid, et soleil ardent.
En bois vermoulu, patiné par les ans.
Elle reste debout, au mépris du temps.
 
Cette croix que l'on voit d'en bas, de la vallée.
Elle qui a guidé des centaines de bergers.
Le repère de tant de randonneurs, ma pause à l'heure du goûter.
 
Une croix dressée, sur une terre où ne pousse que cailloux et plumets.
Une terre désertée que seul le voyageur chevronné peut fouler.
 
Grimper, toujours grimper, se frayer un chemin sur le sentier empierré.
Pour parvenir enfin au pied de ce totem qui nous fait de l'œil dès le départ,
En bas, dans la vallée.
 
Cette croix qui a guidé ma grand-mère lorsque, enfant, elle venait s'y promener.
C'est dès son premier pas que ma mère a porté ses pas jusqu'à cette croix.
Des journées entières j'ai moi même passé dans ce pré,
Jusqu'à ce que le soir assombrisse la croix.
 
Lorsqu'à peine arrivés, chez ma grand-mère, on lui lançait:
« On monte à la croix, mémé, on redescend pour déjeuner »
Elle nous répondait, un brin de nostalgie dans la voix:
« Le causse ça vous prend jeune et ça vous lâche plus! »
 
Et c'est vrai que ça nous lâche plus. Ni le causse, ni la croix.
La joie, le plaisir, l'émotion, c'est tout ça à la fois,
tout ce qui me submergeait lorsque je prenais le petit sentier,
juste en face de la maison de mémé,
et que je commençais à grimper au milieu des rochers.
 
Il y avait toujours, sur mon parcours, la rencontre avec le vieux monsieur.
« Ça va les filles? » nous lançait-il lorsque nous passions près de lui.
Il montait dans le causse, comme il disait, tous les jours depuis toujours.
Il s'arrêtait quand il était fatigué.
Se reposait des heures les yeux fixant la vallée, puis il redescendait par le même sentier.
 
« Le causse, vous pouvez pas vous en passer hein? Votre mère avant vous, vous l'auriez vu courir dans les rochers! »
Le vieux monsieur dont le trajet raccourcissait chaque jour, n'en démordait pas:
« Le jour où je monterai plus, c'est que je serai mort ».
 
Combien d'années que je ne suis pas montée jusqu'à la croix?
10 ans je crois, le causse est bien loin de chez moi.
Qu'importe, cette croix qui se dresse là-haut sur le causse comtal
n'est pas qu'une simple croix de bois.
C'est ma racine, celle que j'ai encrée dans le sol de mes 5 ans, de mes 10 ans,
de mes 15 ans, de mes 20 ans.

Celle qui me rappelle que le bonheur ne tient parfois qu'à une simple croix de bois.