Texte de Pivoine Blanche
La mort d'Hyacintis (en hommage à Tacite)
Vespre de l'an 4000 après des événements dont on a perdu jusqu'à l'ombre du souvenir, sur la planète Informose Volcane. Celui qu'on appelle désormais l'Exterminateur tant il a brûlé de régions fertiles inonde la ville de Bariam et les campagnes de ses derniers feux violets.

Dans un palais, dans la ville. Des hommes des femmes banquettent. Le vin est sucré et pétillant dans les coupes de terre cuite, agrémenté de quelques baies, épices, couleurs, parmi les denrées que l'on a pu sauvegarder sous l'empereur Andreas, plein de sagesse et de prévoyance.

L'impératrice Auxilia garde la haute main sur les caves glacées, profondément enfouies sous le palais, et sur tous leurs placards, pendant que de gracieuses théories de Miariales, jeunes femmes préposées aux soins domestiques, transportent nuit et jour des vases de cristal et des jarres précieuses.

Dans la salle à manger, séparée par des rangs de colonnes serrées du reste du palais, tandis que des torches cirées d'une douce teinte rouge translucide éclairent la pièce où hommes et femmes sont couchés, l'empereur et sa famille se restaurent. Lui, l'Imperator, reste imperturbable, écoutant de temps en temps les murmures que tient à son oreille son précepteur, Clementinus, le Sage...

Mutine, Agnès, la demi-soeur de l'Empereur et la jumelle de Hyacintis, prince de la Dynastie, s'amuse à secouer ses écharpes et à en couvrir la tête de son frère. On dit qu'ils composent des poèmes d'une intime somptuosité. Il rit, et oublie momentanément ses soucis, ses inquiétudes. La peur de l'empoisonnement dont on semble toujours le menacer - il relève d'ailleurs de maladie - s'est un moment desserrée en ce soir de solstice hivernal. Tout le monde, autour de lui, semble tellement heureux que la température soit plus clémente, moins brûlante ! Après son malaise, il est resté émacié et pâle, mais Clementinus l'a rassuré, il fait tout pour que la famille impériale s'entende.

Tous se réjouissent...

Ireneaus. L'homme roux. Il est couché, mais légèrement assis, dans tout l'éclat de sa majesté, vêtu d'un long manteau ivoire rebrodé d'or, ses armes déposées auprès de lui. En paix. Ses yeux pers dans lesquels sa mère ne décèle aucune émotion scrutent la scène. Il y trouve du charme. Dommage!. Il sait que les gardes portent leurs fusils électroniques, vérifient les canons à décharge électrique, - lui surtout - est en sécurité. Il a beau sentir que sa mère est inquiète, il est décidé. Bientôt, il sera le maître de l'univers. Son étoile noire. Il doit le respect à Auxilia. Mais il cassera ce qu'il lui reste de pouvoir. Il mariera Agnès à un noble lointain, ou à un général de son armée, il lui fera quitter le palais, la région, l'Etoile du Pouvoir.

Alors, il cherchera femme. Et il fondera sa propre dynastie.

C'est alors qu'on apporte de l'office les bouillons de fines écrevisses, de légumes précuits, relevés d'une pointe de garum - ce condiment salé dont la recette a été jalousement gardée au fil des siècles. On sert tout le monde, mais le mets est brûlant par endroits et pour certains, il semble imbuvable. Cependant, les goûteurs y trempent leurs lèvres avant la famille, avalent les premières gouttes, et semblent s'en porter bien. Cependant, le goûteur du prince Hyacintis, rassuré sur le mélange, et se souciant du confort de son jeune maître, réclame un peu d'eau fraîche. On écarte les voiles de la salle, secoués légèrement par la brise, Une servante traverse l'entrée des colonnes, et apporte le flacon d'eau de roche que le goûteur, lui-même versera telle quelle dans le bouillon brûlant...

Puis, il donnera, à bonne température, la coupe au jeune prince Hyacintis.

Pour que l'histoire se renouvelle, dans ce palais de nulle part et d'ailleurs, encore et encore ...
Éternellement.