Texte de Sprite
Glaise
Racines ? Desquelles parlerais-je, puisqu'elles se sont inversées ?
Couronnes à sève de lumière qui projette en une ombre terrée des tentacules illusoires.
Et pourtant moi, la déracinée en écho de souffrance avec tous les réfugiés d'une planète dans des ailleurs aliénés.

Ah ma glaise !
Le sol foulé des sous-bois enroncés dérobant aux regards chevreuils et sangliers et le peuple des elfes qu'on ne nous a pas conté.
Un Christ doré flanqué de sa mère et d'un St Georges dans une église où les araignées se faisaient un festin de mouches mortes à la fin de l'été.
Une haie d'honneur de saints en plâtres entre les intervalles d'un calvaire où le curé, blessé de guerre, s'agenouillait à chaque station pour des Pâques improbables.
Génuflexions, contritions, péché par omission, poison inculqué de culpabilité originelle et surtout une résurrection d'un corps auquel on ne croix pas… on ne peut pas y croire !
  — Tu poses trop de questions ! Les philosophes il aurait fallu les pendre haut et court.
  — Ben dis-donc ma tante, c'est pas très chrétien ce genre d'opinion et j'ai pas demandé à aller à l'école, moi !

Toujours en porte-à-faux avec tout et tout le monde.
Je bouge trop, je cause trop, j'en fais jamais assez, je rêve trop et pendant des siècles, je ne suis ni grande ni petite.
On emmène les deux grands pour quelque fête : Claire doit rester à la maison pour s'occuper des deux petits.
On emmène les deux petits en ballade pour une livraison de poussins : Claire doit rester à la maison pour aider les deux grands à la vaisselle et autres tâches méniales.
  — C'est pas juste. Je vais jamais nulle part. Faudra choisir si je suis grande ou petite.
Cet ultimatum du haut de mes sept ans résultera en bien des moqueries et une émancipation précoce.
  — Emmenez donc Claire, elle va jamais nulle part.
J'ai dessiné souvent une petite fille de dos qui regarde l'horizon cerné de collines bleues par delà saules et peupliers qui habitent un bocage où les vaches aiment paître.

Mes racines profondes remontent au cœur lointain d'un temps inachevé.
Engluées de glaise, elles m'ont souvent ensevelie, je les ai cru réelles, je ne connaissais pas encore mes racines inversées de cette lumière immuable d'où nous venons tous, où nous retournons tous.
Souvent je m'enlise encore d'une mémoire stérile.
Je m'empêtre de l'inutile retour vers un passé révolu, figé en statues de sel pour ce trop plein de pleurs envers des "aurait pu être"…

Mais comment auraient-ils pu puisque qu'il n'y avait, n'y a, n'y aura à jamais qu'un éternel présent.